L’ambivalence des sentiments

Lors de l’écriture de mon dernier article, il y a un bail…je pensais que les choses c’étaient apaisées. Plus de jalousie, plus de rancoeur, même pas vraiment de regrets non plus.

Au moment où j’aurai du entrer dans mon troisième trimestre de grossesse si notre début de miracle s’était accroché, Eddie a commencé (enfin) à marcher. Oui je dis enfin car c’est LA question que les gens posent en permanence dès 11/12 mois.
– Aloooorssss il marche ???? – Non il n’a pas envie, il n’est pas prêts, foutez nous la paix bordel !
Eddie a donc sagement décidé d’attendre 16 mois révolus pour se lancer. Et très vite après il est entré dans une belle phase d’opposition en secouant la tête, et en répétant inlassablement non, non, non de sa petite voix pour absolument tout. Et après le non s’ensuivent bien évidemment les cuillères de nourriture qui volent par terre, un bébé qui se jette violemment de tout son poids en arrière à la moindre contrariété, sa main qui se lève trop souvent sur nous, puis les cris lorsqu’on lui fait comprendre qu’il est hors de question qu’il nous frappe. Bref rien d’exceptionnel en soi, mais juste assez pour me confirmer ou me persuader que gérer Eddie dans ces conditions en mode Pregnant Bitch ça aurait été très compliqué.

Avoir deux bébés rapprochés ce n’est certainement pas pour moi… Après tout c’est sûrement mieux comme ça

Ca, c’est ce dont j’ai cru me persuadé sauf qu’en réalité les choses ne sont pas si simple dans le cerveau d’une meuf infertile…

Ce samedi matin je me suis réveillée totalement épuisée. Le moindre geste me demandais un effort insurmontable. Je n’avais aucune seule envie me recoucher dans mon lit ou sur le canapé, avec la sensation de ne rien pouvoir y faire. Je me suis demandé ce qui pouvait bien me mettre dans cet état là. Et puis j’ai compris : la date présumée de l’accouchement de ma future filleule approchait à grand pas. J’ai mis du temps à faire le lien tellement j’avais réussi à me faire rentrer dans la tête que cela ne me touchait plus ou bien ne devait plus me toucher. Mais il a bien fallu que je me rende compte que ce n’était pas le cas… A chaque fois que la future naissance était évoquée, je sentais monter des bouffées d’angoisse. Ma belle soeur a accouché quelques jours plus tard, et se sont ensuivit, la découverte du prénom, les photos par sms, sur messenger. Et bien sur LA visite à la maternité. Nous ne somme pas restés très longtemps, il était assez tard et on ne voulait pas fatiguer la maman. Mais assez pour que ma belle soeur me propose de prendre où plutôt me colle la petite dans les bras alors qu’elle dormait paisiblement et que ça n’avait du coup strictement aucun intérêt. Cela à bien sûr déclencher une première crise de jalousie chez Eddie que je me suis empresser de câliner et rassurer en lui disant qu’il n’avait pas à s’en faire, il allait pouvoir encore profiter de nous avoir pour lui tout seul encore un bon moment.

Une fois la visite passée je me suis sentie beaucoup mieux, et aussi très bête d’encore me mettre dans état pareil pour ça…

Il y a des jours ou tout cela ne me touche effectivement plus. J’arrive à peu près à me glisser dans la peau de la MILK pleinement épanouie. À parler couche et allaitement avec ma belle soeur.

Et puis il y a les jours ou cela m’etouffe, car j’ai beau faire tous les efforts du monde, parfois c’est trop. Parfois je n’ai même envie d’ouvrir le message ou je sais qu’il y aura une photo de ma nièce tout de rose vêtu dans une robe et des collants et des chaussures vernies, et un « kiki » avec les quelques pauvres cheveux qu’elle a sur la tête. Il y a les jours ou je vais récupérer Eddie chez ma belle-mère et que ma belle soeur est encore là avec ses trois enfants, alors que la seule dont j’ai envie à ce moment là c’est de rentrer chez moi avec Eddie au plus vite pour profiter de notre trop courte soirée et que je n’ai strictement AUCUNE envie de me forcer à lui faire la conversation. Et surtout dans ces moment là où je me peux m’empêcher de penser que moi aussi, je pourrais être tranquillement en train de buller avec Eddie et mon gros ventre en ce moment même si DNLP ne s’était pas foutu de ma gueule.
Et de voir que rien que le fait de la croiser, puisse encore me faire penser à tout ça, me mets intérieurement hors de moi.

En fait je suis réellement heureuse que dans notre petite bulle à tous les trois. Et le moindre évènements, ou pensée parasite à notre bonheur m’est insupportable. Je me refuse d’être triste, aigrie ou en colère. Je l’ai trop été, et aujourd’hui je veux profiter de notre bonheur sans aucun nuage et surtout je ne me sens plus légitime à avoir encore parfois des coups de blues.

Alors j’ai pris sur moi, j’ai repoussé le plus loin toutes les pensées négatives qui pouvait parfois survenir pour ne me consacrer rien qu’à l’essentiel.

Sauf que, au bout d’un moment, je suis entrée dans une sorte de cercle vicieux. Les coups de fatigues, semblable à celui que j’ai eu lors de la naissance de ma nièce, accompagnés de parfois de douleurs ce sont répétés de plus en plus fréquemment, sans que je ne réussisse plus à déterminer l’origine et comprendre ce qui ne tournait pas rond chez moi… Même si la naissance de ma nièce à fait remonter des choses, la fausse couche n’était pas la seule raison de mon mal être.

Je me suis demandée si ce n’était pas un dérèglement hormonal, si je n’avais pas un problème de santé (vive Google et les psychotages en tout genre.) Je me suis bien sur demandée si cette fatigue n’était pas simplement psychologique mais j’avais plutôt l’impression que cette immense fatigue et manque parfois cruel d’energie qui alimentait les pensées parfois négatives et non l’inverse. Et objectivement je ne trouvais pas les raisons de ce qui aurait pu provoquer une dépression. Durant les années d’attente puis la PMA, j’ai parfois été extrêmement triste, mon mal être était très profond, l’infertilité, les échecs me pesaient en permanence, le vide de ma vie était parfois insupportable, je pleurais, souvent très souvent. Pour autant malgré tout ça je ne crois pas avoir été réellement dépressive, j’ai toujours réussi à voir à positiver au delà de toute cette souffrance. Alors pourquoi ce serait le cas aujourd’hui, alors qu’en dehors de cette extrême fatigue qui me tombe parfois dessus tout va bien dans ma vie.

Nous avons fini par prendre quinze jours de vacances tous les trois. Nous avons enfin réussi attraper le seul petit créneau de l’année pendant l’intersaison. Avec notre petit Eddie nous nous sommes fait un road trip, jusqu’en Bretagne. Nos dernières vraies vacances dataient d’avant notre FIV gagnante autant vous dire que çà commencer à dater. Jules ne s’était pas arrêté pour la naissance d’Eddie, même moi j’ai plus ou moins continué d’être présente et travailler à distance pendant mon congé de maternité. C’était donc vraiment la première fois qu’on décrochait et que l’on se retrouvait vraiment QUE tous les trois et loin de la belle famille par la même occasion. Nous retrouver, sans les contraintes du quotidien, sans personnes, ou évènements parasites, juste nous trois, c’est ce dont j’avais vraiment le plus besoin.

Je suis rentrée plus apaisée et cette parenthèse m’a également permis d’y voir plus clair et de mettre des mots sur tout ce que je refoulais depuis des mois et qui malgré toute ma volonté à passé outre m’empêchait de profiter pleinement de notre petit bonheur à trois :

. Le poids du quotidien :
Pendant notre longue attente et notre parcours PMA, Jules s’est investi toujours plus dans l’entreprise familiale, et de mon côté pour ne pas rester seule dans ma maison vide, j’ai fait de même. Nous passions donc la grande majorité de notre temps au travail ensemble. Nous discutions souvent de PMA au bureau, et de boulot à la maison. Avec Eddie bien sûr les choses ont beaucoup changé pour moi, mais pas pour Jules. Lui continue à passer autant de temps qu’avant au travail. Il est toujours autant investi. Et quant à moi je jongle entre la masse de travail que je dois accomplir en beaucoup moins de temps qu’avant, et notre nouvelle vie de famille que je dois gérer de A à Z. S’occuper de tous les levers, préparer tous les repas, changer toutes les couches, donner (presque tous les bains), l’emmener tous les jours et le rechercher tous les jours à la crèche, et être la seule à être présente au carnaval et à la kermesse, faire les courses, le ménage… Bref en soi cela ne me dérange pas, j’adore passer du temps avec Eddie mais parfois, cela me pèse de tout faire seule. Je regarde avec une pointe de jalousie ces Papas que je croise à la crèche, ce qui sont avec leur femmes pour les visites chez le pédiatre, bref tous ceux que je vois prendre le temps pour s’occuper de leur famille et de leur enfant. Je ne jette pas la pierre à Jules, il a déjà la charge mentale de toute une entreprise avec ses employés, ses clients et ses fournisseurs à gérer, alors je ne peux pas l’obliger à en plus assumer lorsqu’il rentre à la maison la charge de l’organisation du foyer, tout ça parce qu’on est à l’époque où il faudrait partager équitablement toutes les tâches.

. La relation ou plûtot l’absence de relation avec ma maman : Avant, je confiais tout à ma mère. Je lui ai confié tout sur notre parcours au fur et à mesure sur mes doutes, mes espoirs. Il me semblait qu’elle me soutenait et qu’elle était derrière moi. Je m’imaginais souvent les week end que je passerai avec mes enfants chez mes parents dans le petit village de mon enfance, Je m’imaginais que je les laisserai parfois pour les vacances avec leur grand-mère, que ma mère leur enseignerai peut être la musique et le piano comme elle l’a fait avec moi. Je m’imaginais partager avec ma maman ma première grossesse tant attendue, mes premiers moments en tant que maman qu’elle serait là pour m’épauler, me conseiller. Sauf comme je l’avais déjà évoquer ici il y a bien longtemps, mes parents se sont séparés au tout début de ma grossesse. Le choc a été violent et inattendu. Ma mère a fini par partir à l’autre bout de la France, pour une nouvelle vie. J’ai essayé pendant les premiers mois d’avoir de l’empathie de comprendre, mais depuis qu’Eddie est là, moins je la comprends dans ses comportements, les décisions et les choix qu’elle à pu faire maintenant mais aussi pendant notre enfance. L’image que j’avais de ma mère s’est brisée, et au fil du temps nos relations se sont détériorées. Nos moments en famille me manquent terriblement, ma famille s’est totalement brisée au moment même où je réussissais enfin à fonder la mienne. Je me suis énervée, j’ai essayé de comprendre et puis j’ai laissé tomber. Et j’ai appris à faire sans elle… Désormais les repas dans ma famille se font avec la nouvelle compagne de mon père. Et le pire est de me rendre compte que cette femme est tellement plus accueillante, plus sociable, plus enjouée bref c’est terrible à dire que ma propre mère. Avec ma maman bien sûr on continue de s’appeler et de se donner des nouvelles, mais notre relation est vide, totalement vide. Je ne ressens même plus aucun plaisir à parler avec elle, d’ailleurs on se parle plus vraiment, et l’appeler est devenue une corvée comme les autres. Je n’en suis pas très fière, mais c’est la réalité. Je me contente de laisser la vidéo tourner et de filmer Eddie pour qu’elle puisse admirer ses progrès, mais on ne parle plus de ce qui compte vraiment. Une nouvelle fois j’ai décidé de fuir le conflit, et de laisser couler, je ne veux plus souffrir à cause des autres où de leur choix…

  • Enfin (re)faire le deuil d’une grossesse naturelle : car oui après notre parcours Pmesque pour Eddie, il était clair dans ma tête que les bébés conçu sous la couette ce n’était pas pour nous. Je m’étais fait une raison, c’était comme ça. Et puis bien sur notre début de Gertrudage en septembre dernier à tout rechamboulé. Les mois passant, même si je m’en doutais bien un peu, il a bien fallu se rendre à l’évidence qu’il nous faudrait bien retourner en PMA s’il on voulait vraiment se donner la chance de donner un petit frère ou une petite soeur à Eddie.
    De retour chez nous, je me suis lancée j’ai pris un premier rdv avec le Docteur Robbie, que je n’avais pas revu depuis ma fausse couche. Après m’avoir assurée que mon intérieur était parfait et relancé la demande de prise en charge du 100%, j’ai pris dans la foulée un rdv au centre FIV avec le Dr Mercotte pour enfin commencer la suite. Une fois le fameux RDV pris, je me suis sentie infiniment soulagée. Je crois qu’au fond je n’attendais que ça, retourner au combat, passer enfin aux choses concrètes. Et puis maintenant que vois plus clairement les choses je me sens enfin prête à aller de l’avant. Alors oui je flippe à mort, je n’ai aucune idée de ce qui nous attends mais je me sens de nouveau la force pour l’affronter

    Nous avions notre RDV fixé ce mois-ci, je dis avions, car Dame Nature en a il semblerait décidé autrement… Vous en avez déjà entendu parlé de la fille qui est tombé enceinte juste avant son retour en PMA ? Si vous n’avez pas envie de la connaître, je ne vous en voudrais pas, parce que je comprend tout à fait qu’on puisse la trouver insupportable le fille qui se plaint d’être infertile qui en fait devient Gertrude une fois par an. Par contre pour les autres qui veulent connaître la suite, toutes les ondes positives et les croisages sont les bienvenus…

Cet article est un vrai foutoir, mais il y est écrit un peu tout ce qui a pu se passer dans ma tête ces derniers mois (et dans ma tête c’est un vrai foutoir) même si les choses sont plus claires maintenant.

26 réflexions sur “L’ambivalence des sentiments

    • Et pourtant j’ai écris le début de l’article il y a des mois, sans penser que je serais de nouveau enceinte dans quelques mois 😉 Merci pour le croisage, je prends!! Comment ça va chez vous??

      J’aime

    • Et pourtant j’ai écris le début de l’article il y a des mois, sans penser que je serais de nouveau enceinte dans quelques mois 😉 Merci pour le croisage, je prends!! Comment ça va chez vous??
      J’en suis à 5SA et des poussières, vraiment le tout début…

      J’aime

    • Oh oui c’est complètement fou!! Je me rappelle quand j’ai lu ton article avec ton premier taux, j’étais tellement contente pour toi, sans me douter une seconde que j’étais moi aussi à ce moment là. Tu dois avoir juste quelques jours d’avance sur moi 😉
      Je continue à croiser fort pour toi aussi 🤞😘😘

      Aimé par 2 personnes

  1. Cette fatigue importante et les coups de blues me faisaient également penser à un début de grossesse… Après t’es peut être tombé enceinte plus tard mais ton annonce ne m’étonne pas ! Bon maintenant il faut une belle issue pour laquelle je croise les doigts !!

    J’aime

    • Merci pour le croisage! Effectivement le début de l’article date de bien avant le début de grossesse qui est tout récent. Et bien sûr tout prends maintenant une autre perspective! 😘😘

      J’aime

      • Ouah mais c’est génial !! Les choses deviennent vraiment concrètes et imminentes. J’ai hâte de venir lire de bonnes nouvelles. Les prochains mois vont te sembler longs… 😘😘

        J’aime

      • Ben on nous avait laisse entendre avant l’été et cest deja tout pret meme la nounou… lol on en a trouve 1 superbe qui nous garde place jusqua fin fevrier au cas ou sa niece a ete adoptee donc elle connait le truc… 😊
        Cest tres long depuis fin sept on nou dit cestbientot faites achats etc… la fin dannee scôlairea ete tres dure pour moi et lete complique mon mari se refugie dans le job la il devait avoir 3 semaines que 2 au final et jaurai un peu besoin de lui mais les hommes lol la communication le stress lol que veux jespere tout sera derriere nous tres vite 5 ans et demi quon attend detre parent javoue la ca devient hard 😊bises et profite😉

        J’aime

      • Bon courage à vous deux, j’imagine que plus l’issue est proche, et plus l’attente doit être difficile, ça tellement de temps que vous attendez ça. Le boulot c’est le moyen de se réfugier dans autre chose, mon chéri fait pareil. 😘

        J’aime

  2. Coucou, je découvre ton histoire et je me retrouve dans plusieurs de tes réflexions : un conjoint très (trop) pris par son boulot, le deuil de la grossesse naturelle après une grossesse naturelle arrêtée trop tôt, alors qu’on ne pensait pas que c’était possible après des années d’infertilité. Et finalement ça arrive de nouveau… J’espère que tout se passe bien, même si je me doute des angoisses qui t’animent. Je croise les doigts pour que cette grossesse aille au bout.

    Aimé par 1 personne

    • Merci. Je me suis aussi abonnée à ton blog car en le parcourant vite fait beaucoup de tes articles me parlent aussi 😉. Pour ma grossesse nous avons fait une première écho hier et tout vas bien!! Je suis tellement soulagée ! Plus vraiment de risques de fausses couches à ce stade selon le gynéco. On peut commencer à souffler ! Bisous 😘

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s